Nos grilles d’analyse et de compréhension des situations sont marquées par la pratique de la médiation professionnelle au sein des organisations ou dans la cité.

Mais celles-ci sont aussi issues d’une réflexion « en chemin » s’appuyant sur des auteurs – philosophes, sociologues, anthropologues – qui pensent l’être humain, ses relations aux autres et au monde et les évolutions sociétales.

Nous vous proposons ici, une brève présentation de nos sources principales d’inspiration.

Hartmut Rosa

 

Né en 1965, Hartmut Rosa, sociologue et philosophe, est professeur à l’université Friedrich Schiller de Iéna et directeur du Max-Weber-Kolleg à Erfurt, en Allemagne.

Héritier de l’école critique de Francfort, Hartmut Rosa s’est fait connaître en France à l’occasion de la parution en 2011 de son essai L’Accélération, une critique sociale du temps (Ed. La Découverte) qui analysait les contradictions de l’accélération permanente de nos sociétés. En 2018 est publié Résonance dans lequel il développe ce terme pour fixer un objectif à la relation à l’autre et au monde ; cet essai a inspiré le titre des rencontres annuelles que OBCD organise.

Son récent ouvrage, Rendre le monde indisponible, publié aux éditions La Découverte (2020) met en exergue avec acuité les contradictions et paradoxes de notre modernité tardive. Ainsi suggère Hartmut Rosa, le fait de disposer ou de chercher à disposer à notre guise de la nature, des personnes et de la beauté qui nous entourent nous prive de toute résonance avec elles. Telle est la contradiction fondamentale dans laquelle nous nous débattons. Pour la résoudre, les travaux d’Hartmut Rosa ne nous engagent pas à nous réfugier dans une posture contemplative, mais à réinventer notre relation au monde dans une « relation résonante » et à valoriser « l’indisponibilité ».

Pour découvrir son récent ouvrage : Rendre le monde indisponible 

Pour découvrir Hartmut Rosa

 

Quelques ouvrages de l’auteur :

Hartmut Rosa, Résonance.
Une sociologie de la relation au monde. La Découverte (2018)

Hartmut Rosa, Accélération.
Une critique sociale du temps. La Découverte (2010)

Amartya Sen

 

Amartya Sen est économiste, prix Nobel des sciences économiques (1998), mais aussi philosophe. Sa contribution a été reconnue comme majeure dans l’analyse des inégalités et des théories philosophiques de la justice.

Un aspect important de sa pensée se concentre sur ce qui permet aux individus et aux sociétés de se développer durablement. Il constate que la liberté simplement définie comme possession de ressources et non-interdiction d’agir ne suffit pas ; il précise un concept de liberté positive qui implique une possibilité réelle et pratique d’agir. Selon cet auteur, pour que les individus exercent leur liberté il faut non seulement leur assurer un niveau suffisant de ressources matérielles et un droit qui n’entrave pas cet exercice, mais aussi assurer que les acquis éducatifs et culturels permettent un libre arbitre réel, la liberté pratique à choisir un propre mode de vie. Il a tout autant rejeté une conception instrumentale qu’une conception uniquement formelle des droits et de la liberté, et a formulé des critiques décisives à l’encontre de l’utilitarisme. Les principaux concepts de cette théorie sont ceux de « modes de fonctionnement » (functionings) et de « capabilités » ou « capacités » (capabilities). Ces concepts incluent aussi les moyens de chacun à entrer en relation de manière adéquate.

 

Pour découvrir Amartya Sen cliquez ici.

Quelques ouvrages de l’auteur :

Amartya Sen, L’idée de justice, (traduit de l’anglais). Editions Flammarion (2010) 

Amartya Sen. Identity and violence : the illusion of destiny, Allen Len (2006)

Emmanuel Levinas

 

 

Emmanuel Levinas, est une référence incontournable de la philosophie sur les notions d’éthique et d’altérité.

Quittant la Russie où il est né (1904), Levinas se rend en France dès 1923 pour suivre des études de philosophie qui le mèneront ensuite en Allemagne où il fut élève de Husserl et de Heidegger. Il considèrera toujours ces deux « inventeurs » de la phénoménologie comme des penseurs majeurs. Ceci ne l’empêchera pas de se séparer radicalement de la position de Heidegger vis à vis de Hitler ; dans un article publié dans la revue Esprit.

dès 1934 il analyse les fondements de l’idéologie nazie comme poussant au bout de leur logique certaines notions de la philosophie occidentale qui mettent en avant le « Même » et la « Totalité » plutôt que l’« Autre » et l’« Infini ».

 

Toute l’œuvre de Levinas pose la relation à l’autre comme définition de l’éthique : pour lui cette relation doit même constituer le fondement de la philosophie.

Selon Levinas, pour accueillir Autrui, nous devons nous départir de l’attitude naturelle où nous le voyons comme une chose parmi les choses. La rencontre avec Autrui, qui dans un premier temps génère en nous la tentation de le faire taire, nous enseigne que nous ne sommes pas seuls au monde : cette rencontre nous fait prendre radicalement conscience de nos limites. Levinas est souvent cité pour sa référence au visage de l’Autre et le lien qu’il fait avec la concept de responsabilité (notion qu’il distingue d’un principe d’obligation ou de morale) ; il nous amène à réfléchir au fait qu’en regardant le visage de quelqu’un, nous pouvons saisir la fragilité de cette personne et, de là, concevoir notre responsabilité « existentielle » vis à vis de cet autre.

 

Deux œuvres pour aborder Emmanuel Levinas :

Totalité et Infini. Essai sur l’extériorité (1961) – Le Livre de Poche, Biblio Essais 

Éthique et Infini, dialogues avec Philippe Nemo (1982) – Le Livre de Poche, Biblio Essais 

 

Une biographie : Emmanuel Levinas de Marie-Anne Lescourret, Flammarion 2005 

Une interview télévisée en 1993